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Message  Admin Mer 7 Nov - 1:54

La grande persécution

Au début du IVe siècle, avec la Tétrarchie, la lutte contre la religion des chrétiens, en expansion mais encore très minoritaire[39], donne lieu à une dernière persécution généralisée. En 303, Dioclétien et ses collègues lancent plusieurs édits contre les chrétiens donnant naissance à la grande persécution, après la quarantaine d’années de tranquillité relative qui suivirent le règne de Gallien (260-268). Les gouverneurs et les magistrats municipaux doivent saisir et faire brûler le mobilier et les livres de culte. Au début de l’année 304, un édit ordonne à tous les citoyens de faire un sacrifice général pour l’Empire, sous peine de mort ou de condamnation aux travaux forcés dans les mines. La persécution est très inégalement appliquée sur l’Empire, assez vite abandonnée en Occident après 305, plus longue et sévère en Orient[38]. En 311 juste avant sa mort, Galère décrète l’arrêt de la persécution, demandant aux chrétiens de prier pour son salut et celui de l’Empire. Cet appel est dans le droit fil de la tradition religieuse romaine, et admet l’utilité civique des chrétiens.

2-Introduction - Page 2 750px-Flagellation_St_Erasmus_Crypta_Balbi[img]
Saint Érasme flagellé en présence de l’empereur Dioclétien. Fresque byzantine, milieu du VIIIe siècle, musée national de Rome

Une des conséquences de la grande persécution pour le monde chrétien est le schisme donatiste à partir de 307. Les donatistes refusent de validité des sacrements délivrés par les évêques qui avaient failli lors des persécutions de Dioclétien, position condamnée en 313 au concile de Rome. Le schisme se poursuit en Afrique romaine jusqu’à la fin du siècle.

Cette dernière persécution marque plus que les autres la tradition chrétienne orientale : l’hagiographie positionne lors de la persécution de Dioclétien et ses successeurs le martyre de saints d’existence légendaire [80]. Une autre trace de l’impact significatif sur la mémoire chrétienne, est le choix de l’ère copte ou « ère des Martyrs » qui débute à la date d’avènement de Dioclétien.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 1:57

Les empereurs chrétiens

Constantin, au départ adepte de Sol invictus (le Soleil Invaincu), se convertit au christianisme lors de sa campagne contre Maxence en 312. Certains historiens pensent que Constantin a pu, entre 312 et le début des années 320, passer dans ses convictions personnelles par une phase intermédiaire et essayer de concilier le christianisme et une divinité d'où émaneraient tous les dieux, La Divinité, identifiée à partir de milieu du IIIe siècle au Soleil. En effet, dans la période 312-325, des monnaies représentent le Soleil, compagnon de l'empereur, ou confond son image avec la sienne. Peu de monnaies montrent des symboles chrétiens (chrisme, labarum) à la fin ce laps de temps[39]. On peut se demander pourquoi Constantin se convertit à une religion encore minoritaire dans l’Empire : pour des raisons personnelles[81], ou pour des raisons idéologiques. En 313, l’édit de Milan proclame la liberté de culte et prévoit de rendre aux chrétiens les biens qui leur avaient été confisqués pendant la grande persécution de Dioclétien. Cette conversion pose le problème des relations entre l’Église et le pouvoir[82]. Sollicités par les d’évêques africains sur la querelle donastique, Constantin organise en 313 (ou 314) le premier concile pour que les évêques décident entre eux. Il convoque[83] et préside le concile de Nicée en 325 qui reconnaît le Christ comme Dieu et homme à l’unanimité, même Arius acquiesçant à cette doctrine[84]. Mais ce dernier continue sa prédication et est excommunié. Constantin le fait exiler, puis le rapelle quelques années plus tard. Les ariens adoptent des positions très favorables au pouvoir impérial, lui reconnaissant le droit de trancher les questions religieuses d’autorité. Constantin finit par se rapprocher de cette forme de christianisme et se fait baptiser sur son lit de mort par un prêtre arien[12]. Cette conversion à l’arianisme est contestée par l’Église catholique et par certains historiens. Son fils, Constance II est un arien convaincu. Il n’hésite pas à persécuter les chrétiens nicéens plus que les païens. Malgré ses interventions dans de nombreux conciles, il échoue à faire adopter un credo qui satisfait les ariens et les chrétiens orthodoxes. A l'exception de Valens, ses successeurs, soucieux de paix civile, observent une stricte neutralité religieuse entre les ariens et les nicéens. La défaite d’Andrinople face aux Wisigoths ariens permet aux catholiques orthodoxes de passer à l’offensive. Ambroise de Milan, voulant défendre le credo de Nicée contre les ariens qualifie l’hérésie de double trahison, envers l’Église et envers l’Empire.

2-Introduction - Page 2 AmbroseOfMilan
Saint Ambroise, mosaïque du IVe siècle, basilique de Saint-Ambroise de Milan

Gratien finit par s’orienter vers une condamnation de l’arianisme sous l’influence conjuguée de son collègue Théodose[86] et d’Ambroise. L’empereur de la pars orientalis a, en 380, dans l’édit de Thessalonique, fait du Christianisme une religion d’État. Comme son collègue, il promulgue des lois anti-hérétiques[87]. Il convoque un concile à Aquilée, en 381, dirigé par Ambroise. Deux évêques ariens sont excommuniés. À ce moment, l’Église catholique est devenue assez forte pour résister à la cour impériale. Après la mort de Gratien, le parti arien est de nouveau très influent à la cour. À son instigation, est promulguée une loi, le 23 janvier 386, qui prévoit la peine de mort pour toute personne qui s’opposerait à la liberté des consciences et des cultes[88]. Ambroise refuse de concéder une basilique extra muros aux ariens fort du soutien du peuple et des hautes sphères de Milan. La cour impériale est obligée de céder. Grâce à des hommes comme Ambroise, l’Église peut ainsi s’émanciper de la tutelle impériale, surtout en Occident et même revendiquer la primauté du pouvoir spirituel sur le temporel en rappelant à l’empereur ses devoirs de chrétien. Cependant, les chrétiens ont aussi besoin de la force publique pour faire prévaloir leur point de vue. Ainsi Porphyre de Gaza obtient de l’impératrice Eudoxie, qu’elle fasse fermer par son époux Arcadius les temples polythéistes de Gaza.

2-Introduction - Page 2 Theodosius-1-
Portrait de l’empereur Théodose Ier sur le missorium de Théodose, IVe siècle, Real Academia de la Historia, Madrid

Les païens, les hérétiques et les Juifs deviennent des citoyens de seconde zone, grevés d’incapacités juridiques et administratives[89]. Dans une loi, Théodose précise : « Nous leur enlevons la faculté même de vivre selon le droit romain. »[90]. Il faut cependant noter que le Judaïsme est la seule religion non-chrétienne à demeurer licite en 380[91]. Sur le vieux fond de judéophobie gréco-romain[92] se greffe un antijudaïsme proprement chrétien, accusant les Juifs d’être déicides et d’avoir rejeté le message évangélique. Cela n’empêche pas Théodose de vouloir imposer à l’évêque de Callinicum en Mésopotamie de reconstruire à ses frais, la synagogue que ses fidèles ont détruite, à la grande indignation d’Ambroise de Milan.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:00

Christianisation et romanité

Après la conversion de Constantin, le christianisme progresse rapidement dans l’Empire romain mais toujours de manière inégale suivant les provinces. Il s’agit aussi dans bien des cas d’une christianisation superficielle où se mêlent un grand nombre de pratiques païennes. L’évangélisation des campagnes d’Occident ne progresse que très lentement. En Gaule, l’action de missionnaires déterminés joue un rôle non négligeable dans l’adoption de la religion du Christ. Saint Martin reste la figure de proue de l’évangélisation de la Gaule. En Occident, le latin remplace le grec comme langue liturgique à la même époque, signe de la perte de l’usage du grec dans cette partie de l’Empire. L’Égypte n’est considérée comme chrétienne qu’à la fin du Ve siècle.

L’organisation de l’Église

L’Église s’organise en suivant le modèle administratif de l’Empire. Le diocèse où officie l’évêque, correspond à la cité, sauf en Afrique et en Égypte[94]. Celui-ci est désigné par les membres de la communauté et les évêques voisins. L’aristocratie christianisée occupe souvent les fonctions d’évêque. Du fait de la défaillance des élites municipales, fuyant des responsabilités trop lourdes et trop coûteuses, ils deviennent les premiers personnages de la cité aux Ve et VIe siècles.En Orient, ils deviennent ainsi des partenaires du pouvoir impérial. Ils reprennent pour l’Église une part de l’évergétisme décurional pour l’aide aux pauvres et aux malades. En cas de besoin, ils s’érigent en défenseur de leur cité menacée face aux barbares. À Rome, ils prennent le pas sur les préfets urbains[95]. En Égypte, par contre, les évêques sont le plus souvent choisis parmi les moines. Certains cumulent le rôle d’évêque et de supérieur du monastère comme Abraham d’Hermonthis, vers l’an 600. De nombreux papes chrétiens coptes viennent du monastère de saint Macaire situé à Wadi El-Natroun. Aujourd’hui, la hiérarchie de l’Église copte se recrute toujours parmi les moines[96].

À partir du Ve siècle, un personnage nouveau se détache de l’évêché, le prêtre. Il obtient peu à peu le droit de baptiser, de prêcher et d’enseigner. Alors que les cités d’Occident se vident de leur population à cause des difficultés de ravitaillement et de l’insécurité, une nouvelle cellule religieuse rurale se développe au VIe siècle, la paroisse dans laquelle il officie. La paroisse finit par forcer le maillage administratif de base du Moyen Âge.

2-Introduction - Page 2 Johnchrysostom
Jean Chrysostome, évêque de Constantinople

Au-dessus des évêques se trouve l’évêque métropolitain qui siège dans le chef-lieu de la province et dont l’autorité s’entend à l’ensemble de celle-ci. À partir de concile de Constantinople de 381, apparaissent des primats qui regroupent sous leur autorité plusieurs provinces ; en Occident, Rome et Carthage ; en Orient, Constantinople, Alexandrie et Antioche. Au cours du IVe siècle, le siège de Rome commence à établir sa primauté sur l’ensemble de l’Empire. En 370, Valentinien Ier déclare irrévocable les décisions du pape à Rome. Le pape Damase (366-384) est le premier prélat à qualifier son diocèse de siège apostolique[98] car c’est le seul à avoir été créé par un apôtre, Pierre, considéré comme le chef des apôtres. L’autorité pontificale n’est véritablement devenue souveraine qu’à partir de Léon le Grand vers 450[39], ce qui n'empêchera pas les empereurs d'Orient d'user de force pour imposer à plusieurs papes leurs vues théologiques. Mais cela ne doit pas faire oublier que durant l’Antiquité tardive, l’Église n’est pas un ensemble homogène. Chaque cité a ses rites, ses saints, sa langue liturgique, reflet de la diversité de l’Empire.

Les empereurs donnent aux membres du clergé de nombreux privilèges. Ils sont dispensés des prestations fiscales imposées aux citoyens. Les évêques se voient reconnus des pouvoirs de juridiction civile. Les personnes poursuivies par le pouvoir bénéficient du droit d’asile, ce qui permet de les soustraire à la justice impériale. Enfin les clercs ne dépendent pas des juridictions ordinaires et se trouvent ainsi placés au dessus du droit commun. Constantin donne à l’Église une personnalité juridique qui lui permet de recevoir des dons et des legs. Ceci lui permet d’accroître sa puissance matérielle. Au Ve siècle, elle possède d’immenses domaines dont certains dépendent des institutions charitables de l’Église. Le développement de ses institutions lui permet d’occuper un vide laissé par les systèmes de redistributions païens, en s’intéressant aux pauvres en tant que tels et non en tant que citoyens ou que clients[99]. En Orient comme en Occident, l’Église se retrouve cependant confrontée à un paradoxe ; elle est riche, mais prône la pauvreté comme idéal.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:03

Le monachisme

Durant l’Antiquité tardive, le monachisme, né au IIIe siècle connaît un premier essor. Les premiers moines apparaissent en Égypte, au sud d’Alexandrie. Le retrait radical du monde que prônent les premiers ermites, Antoine[100] et Pacôme, est une véritable rupture politique et sociale avec l'idéal gréco-romain de la cité. Ceci n’empêche pas l’érémitisme puis le cénobitisme de se développer dans les déserts d’Orient. Pourtant il semble que le vrai fondateur du mode de vie cénobitique soit Pacôme. Au début du IVe siècle, il établit première une communauté à Tabennae, une île sur le Nil à mi-chemin entre Le Caire et Alexandrie. Il fonde huit autres monastères dans la région au cours de sa vie, totalisant 3 000 moines.

Les clercs occidentaux qui se rendent en Orient propagent à leur retour l’idéal monachiste. Les premiers établissements religieux apparaissent à l’Ouest de l’Empire à partir de la fin du IVe siècle : l'abbaye Saint-Martin à Marmoutier, Honorat à Lérins et de multiples fondations à partir du VIe siècle. A partir des premières expériences s'élaborent de nombreuses règles monastiques. Parmi celles-ci, la règle de Saint Benoît est destinée à un grand avenir en Occident.

Avec le soutien de Justinien Ier, le monachisme prend une grande importance en Orient. Refuge moral, son pouvoir d'attraction est tel qu'il détourne de l'impôt et des fonctions publiques une partie des forces de l'Empire, et devient un véritable contre-pouvoir qui se manifestera lors de la crise de l'iconoclasme. En Occident, l'essor du monachisme devra attendre le soutien de Charlemagne. Dans toutes les contrées anciennement romaines, les monastères joueront un rôle précieux de conservateurs de la culture antique.

Mentalités et pratiques religieuses

C’est pendant l’Antiquité tardive qu’est fixée l’organisation du calendrier chrétien. Constantin choisit de fêter la naissance du Christ, Noël, le 25 décembre, jour de la célébration du dieu Sol Invictus, le Soleil Invaincu[101]. On peut y voir là une tentative de syncrétisme religieux. Pâques reste une fête mobile à l’instar de Pessah. Sa date de célébration est différente d’une communauté chrétienne à l’autre. Pendant le jeûne de Carême qui la précède, les catéchumènes, des adultes, se préparent au baptême si possible célébré durant la nuit de Pâques. Constantin interdit aussi un grand nombre d’activités le dimanche, jour consacré au culte chrétien. Le calendrier chrétien[102] avec ses fêtes chrétiennes, le découpage du temps en semaine supplante définitivement le calendrier romain à la fin du Ve siècle[103]. Par contre, pendant toute l’Antiquité tardive, le décompte des années se fait à partir d’un critère antique : la fondation de Rome (753 av. J.-C.), les premiers jeux olympiques (776 av. J.-C.) ou même l’ère de Dioclétien. Au VIe siècle, Denys le Petit élabore un décompte chrétien à partir de l’année de naissance du Christ. Ce nouveau comput n’entre en action qu’au VIIIe siècle.

2-Introduction - Page 2 615px-Philae_croix_copte
Croix copte gravée sur un mur du temple de Philae près d’Assouan (Égypte)

Sur le plan des mentalités, le christianisme introduit un grand changement dans la vision du monde divin. Les Romains avaient toujours accepté sans grande résistance les divinités non romaines. Le christianisme, religion monothéiste, s’affirme comme étant la seule vraie foi qui professe le seul vrai Dieu. Les autres divinités et religions sont ramenées au rang d’idoles ou d’erreurs. Cette position a comme corollaire la montée de l’intolérance religieuse chrétienne au IVe siècle, qui serait due aux discours apocalyptiques de certaines communautés chrétiennes et à leurs attentes eschatologiques, ainsi qu’au pouvoir politique impérial[104]. L’Église multiplie les adjectifs pour se définir : katholicos, c’est-à-dire universelle, orthodoxos, c’est-à-dire professant la seule vraie foi[105]. De ce fait, l’Église chrétienne est amenée à combattre non seulement les païens, mais aussi les chrétiens professant une foi contraire aux affirmations des conciles, qui sont considérés à partir du Ve siècle comme des hérétiques.

Les historiens se posent la question des changements moraux induits par le christianisme. La morale chrétienne de l’Antiquité tardive se concentre avant tout sur la sexualité et la charité et ne remet pas en cause la hiérarchie familiale en place, insistant au contraire sur le nécessaire respect de l’autorité du pater familias[106]. Le discours religieux est donc en général conservateur. Grégoire de Nysse est le seul auteur chrétien à avoir condamné l’esclavage, mais non en raison du triste sort des esclaves. Il est en fait préoccupé par le salut des propriétaires d’esclaves, coupables, selon lui, du péché d’orgueil. Augustin dénonce la torture en raison de son inefficacité et de son inhumanité.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:07

Les disputes christologiques

Les premiers siècles du christianisme sont ceux pendant lesquels s’élabore la doctrine chrétienne. Cette élaboration ne va pas sans divisions et conflits. Outre les conflits de primauté, les querelles dogmatiques sont nombreuses. Le donatisme africain, l’arianisme, le priscillianisme, le pélagianisme, le nestorianisme, le monophysisme sont autant de doctrines condamnées comme des hérésies par les premiers conciles œcuméniques. Contre l’arianisme, deux conciles sont réunis. En 325 à l’issue du premier concile de Nicée, le Symbole de Nicée, que les latins appellent credo est rédigé[107]. C’est la première expression solennelle de l’orthodoxie. Il définit Dieu comme un être unique, en trois personnes éternelles, le Père, le Fils et le Saint Esprit. C’est l’affirmation du dogme de la Trinité, réitéré lors du concile de Constantinople de 381. Jésus-Christ est défini comme : « fils unique de Dieu, engendré du Père, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, de la même substance (homoousios) que le Père[108] » Les ariens pensent, eux, que le Père est antérieur au Fils et au Saint Esprit et qu’il est donc leur créateur[109]. L’arianisme a de nombreux partisans en Orient comme en Occident. Les missionnaires ariens convertissent les Goths et les Vandales. Ceci pose des problèmes de cohabitation religieuse avec les peuples romanisés majoritairement nicéens. Voilà pourquoi l’Église catholique a accordé un tel poids à la conversion et au baptême de Clovis, roi des Francs, à la fin du Ve siècle. C’est le premier roi barbare à embrasser la foi catholique et à bénéficier ainsi du soutien de l’Église romaine.

2-Introduction - Page 2 450px-Anastasis_Pio_Christiano_Inv31525
Anastasis
représentation symbolique de la résurrection du Christ. Panneau d'un sarcophage romain, v. 350, Musées du Vatican


Au Ve siècle les disputes théologiques portent sur la nature du Christ, humaine et/ou divine. Le nestorianisme défendu par le patriarche de Constantinople, Nestorius privilégie la nature humaine du Christ. Il est condamné par le concile d’Éphèse de 431 réuni à l’instigation du patriarche d’Alexandrie Cyrille. À Antioche, on insiste sur le fait que Jésus est certes Dieu parfait mais aussi homme parfait. Il est rappelé que son incarnation, qui maintient la dualité des natures, est la condition du salut du genre humain et que c’est parce que le Verbe de Dieu (le Christ) s’est fait homme, que l’on peut dire que Marie est mère de Dieu[110]. Les monophysites, suivant les idées du moine Eutychès, nient la nature humaine du Christ. Eutychès prêche que dans l’union en Jésus-Christ, la nature divine absorbe en quelque sorte la nature humaine[110]. Dioscore d’Alexandrie neveu et successeur de Cyrille le soutient. Les monophysites sont condamnés par le concile de Chalcédoine de 451 réuni à l’initiative du pape Léon le Grand. Celui-ci reprend la thèse, défendue par le concile de Nicée d’une double nature du Christ, à la fois tout à fait homme et tout à fait Dieu. Dans le canon du concile, le Christ est reconnu « en deux natures sans confusion, sans mutation, sans division et sans séparation, la différence des natures n’étant nullement supprimée à cause de l’union »[111]. Le pape retrouve la première place dans le débat religieux. Mais le monophysisme est très bien implanté en Égypte, en Syrie et dans une partie de l’Asie Mineure. Il résiste pendant deux siècles en se repliant sur les langues locales, le copte en Égypte et le Syriaque en Syrie. Justinien échoue lui aussi à mettre fin aux divisions religieuses de l’Orient malgré la réunion du concile des « trois chapitres ». Le rôle des hérésies, n’est pas à minorer. Les querelles religieuses se poursuivent en Orient jusqu’au VIIe siècle. Le monophysisme des Égyptiens suscite une prise de conscience nationale. La conquête musulmane est acceptée favorablement tant le pays détestait l’emprise impériale, qui superposait un patriarche et des évêques byzantins à la hiérarchie copte.

Paganisme, superstition et syncrétisme dans un Empire chrétien

Pendant tout le IVe siècle, les cultes polythéistes traditionnels continuent à être pratiqués, de même que les cultes à mystère d’origine orientale comme ceux de Mithra, de Cybèle, d’Isis et de Sérapis malgré des restrictions progressives. Les textes chrétiens qui les dénoncent violemment, les dédicaces, les ex-voto, les attestations de travaux dans les temples en sont autant de témoignages[39]. Chenouté, mort vers 466 et abbé du monastère Blanc en Haute-Égypte, rapporte dans ses œuvres sa lutte contre les païens, qu’il appelle « les Grecs »[113]. L’historien païen Zosime nous apprend lui aussi que la nouvelle religion n’était pas encore répandue dans tout l’Empire romain, le paganisme s’étant maintenu assez longtemps dans les villages après son extinction dans les villes.

Constantin n’intervient guère que pour interdire les rites qui relèvent de la superstitio, c'est à dire des rites religieux privés, comme les sacrifices nocturnes, les rites d’haruspice privés et autres pratiques identifiées à la sorcellerie et la magie. Il manifeste en général la plus grande tolérance vis-à-vis de toutes les formes de paganisme[39]. En 356, Constance II interdit tous les sacrifices, de nuit comme de jour, fait fermer des temples isolés et menace de la peine de mort tous ceux qui pratiquent la magie et la divination[114]. L’empereur Julien, acquis au paganisme, promulgue en 361 un édit de tolérance permettant de pratiquer le culte de son choix. Il exige que les chrétiens qui s’étaient emparés des trésors des cultes païens les restituent. Ses successeurs sont tous chrétiens. En 379, Gratien abandonne la charge de Grand Pontife. À partir de 382, à l’instigation d’Ambroise, évêque de Milan, l’autel de la Victoire, son symbole au Sénat, est arraché de la Curie, tandis que les Vestales et tous les sacerdoces perdent leurs immunités. Le 24 février 391, une loi de Théodose interdit à toute personne d’entrer dans un temple, d’adorer les statues des dieux et de célébrer des sacrifices, « sous peine de mort » [115]. En 392, Théodose interdit les Jeux olympiques liés à Zeus et à Héra, mais aussi à cause de la nudité du corps des compétiteurs, le culte du corps et la nudité étant dénigrés par le christianisme. Peu à peu, les temples abandonnés tombent en ruines. En 435, un décret renouvelant l’interdiction des sacrifices dans les temples païens ajoute : « si l’un de ceux-ci subsiste encore »[114]. Le renouvellement du décret prouve que les sacrifices n’ont certainement pas disparu. Ramsay MacMullen pense que les païens restent malgré tout très nombreux[116]. En Égypte, en Anatolie, les paysans s’accrochent à leurs anciennes croyances. Certaines communautés chrétiennes font parfois preuve de fanatisme destructeur vis à vis du paganisme. Elles sont désavouées par les grands esprits de leur époque, comme saint Augustin[117]. L’exemple le plus frappant est celui de la philosophe néoplatonicienne Hypatie, mise en pièces dans une église, puis brûlée par une foule de fanatiques menée par le patriarche Cyrille, en 415, à Alexandrie. Des temples sont détruits comme le Sérapéum d’Alexandrie dès 391, le temple de Caelestis, la grande déesse carthaginoise héritière de Tanit en 399. Pourtant l’État ne pas fait œuvre de destruction systématique des temples païens et de leurs objets d’art. Au contraire, des décrets officiels témoignent de la volonté de l’État de conserver ce patrimoine artistique[117]. Plusieurs édits du règne de Justinien enlèvent aux païens le droit d’exercer des fonctions civiles ou militaires[118] et d’enseigner, ce qui a comme conséquence la fermeture de l’école philosophique d’Athènes. Un édit de 529 aggrave encore leur situation en leur imposant la conversion au christianisme[119].

Par ailleurs, le christianisme lui-même se trouve imprégné des anciens rites païens. Certaines fêtes traditionnelles romaines sont toujours fêtées à la fin du Ve siècle, comme la fête de Lupercales consacrée à la fécondité et aux amoureux. Pour l’éradiquer, le pape Gélase Ier décide en 495 de célébrer la fête de Saint Valentin, le 14 février, un jour avant la fête des Lupercales pour célébrer les amoureux. Il s’agit donc bien d’une tentative de christianisation d’un rite païen. Les Africains continuent de célébrer des banquets aux jours anniversaires des morts directement sur les tombes. Au VIe siècle, Césaire d’Arles dénonce dans ses sermons à ses fidèles les pratiques païennes qui subsistent dans le peuple. Le port d’amulettes, les cultes aux arbres et aux sources n’ont pas disparu de la Gaule méridionale. Les plaintes des clercs sont nombreuses jusqu’à la fin de l’Antiquité tardive. En Orient, les attendus du concile in Trullo (Constantinople, 691-692) flétrissent des coutumes qui subsistent : célébrations d’anciennes fêtes païennes, chants en l’honneur de Dionysos lors des vendanges, bûchers allumés à la nouvelle lune, etc.[120]

Pour les populations christianisées, l’inefficacité de la médecine antique favorisait les croyances dans les miracles produits par les saints[121]. Les pèlerinages se multiplient dans tout l’Empire romain. Au VIe siècle, le tombeau de Martin de Tours draine des foules considérables[121]. Cette foi naïve en une guérison miraculeuse correspond bien aux mentalités de campagnes et favorise son adhésion au christianisme. Les évêques y voient un moyen d’assurer le rayonnement de leur diocèse. Les guérisons miraculeuses sont utilisées comme un argument pour convaincre les foules simples de la véracité de la foi nicéenne. Les miracles censés avoir été accomplis par les saints après leur mort sont donc soigneusement répertoriés et diffusés comme un instrument de propagande. Autour du culte des saints, toute une série de croyances proches des superstitions anciennes se développe. Les gens cherchent à se faire enterrer près des saints car ils pensent que leur sainteté se diffuse à travers la terre sous laquelle ils reposent. Le culte des saints donne naissance aux pèlerinages porteurs de prospérité pour les villes d’accueil.

2-Introduction - Page 2 Serapis_vatican
Buste de Sérapis. Marbre, copie romaine d’un original grec du IVe siècle av. J.-C. qui se trouvait dans le Sérapéion d’Alexandrie, musée Pio-Clementino
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L’évolution de l’économie

L’économie romaine est une économie essentiellement agricole. La trilogie méditerranéenne domine la production : blé, vigne (vin), olivier (huile). La Sicile, l’Afrique, l’Égypte, les Gaules et l’Espagne produisent les céréales qui ravitaillent les grandes villes de l’Empire. L’élevage de chevaux, indispensable pour les jeux et pour l’armée est concentré en Espagne, en Afrique, en Syrie, en Thrace et en Asie. À cette époque, deux secteurs de l’économie peuvent être qualifiés d’industriels. Il s’agit de l’exploitation minière et de la production de céramique sigillée. Celle-ci est liée à l’exportation de produits agricoles. C’est donc dans les grandes régions de production qu’on trouve les principaux ateliers de céramique. Une quarantaine de fabriques d’armes sont disséminées dans l’Empire. Elles font partie des industries de l’État, tout comme les fabriques d’armures, de vêtements pour les soldats et les teintureries[123].

Les routes commerciales sont les mêmes que depuis le début de l’Empire romain. Seule la création de Constantinople crée un nouvel axe de transport. L’Empire romain interdit l’exportation de produits qui pourrait favoriser l’économie de puissances ennemies. L’exportation de métaux, armes et denrées alimentaires vers les Germains ou les Perses est interdite. Le commerce international est peu important : des esclaves, de l’encens du Yémen, des épices du monde indien, des parfums et soieries de Chine[124]. Il profite surtout aux villes situées aux limites de l’Empire : Antioche, Carthage en relation avec les caravaniers de l’Afrique. Le commerce intérieur redevient très actif après la crise du IIIe siècle.

Pendant longtemps les historiens ont présenté l’économie de l’Antiquité tardive comme en déclin. Pourtant, de grandes innovations techniques se diffusent au IVe siècle comme la charrue à roue, la moissonneuse gauloise[125] ou le moulin à eau[126]. Les techniques artisanales ne connaissent pas de recul. Ce qui a donné cette impression de crise économique, c’est l’augmentation de terres abandonnées, surtout en Occident mais aussi en Orient[127]. Des fouilles récentes et une relecture des textes anciens permettent de croire que le phénomène des terres désertées et des villages abandonnés est, en fin de compte, moindre qu’on ne le croyait. Selon Pierre Jaillette[128], la régression, causée notamment par des invasions, des guerres civiles et des razzias de pilleurs, n’est pas aussi généralisée, ni aussi continue que le pensaient précédemment les historiens.
Au IVe siècle, les grandes métropoles d’Orient comme d’Occident retrouvent leur dynamisme perdu pendant la crise du IIIe siècle. Le grand commerce des produits de luxe est toujours très prospère. Le trafic continental semble lui s’être quelque peu étiolé[129]. Trèves sur le limes, devenue résidence impériale, connaît une prospérité sans précédent. Cependant on peut constater que la politique monétaire de Constantin creuse les inégalités entre les riches et les pauvres. Il maintient le cours des pièces en or, les solidus, que seuls les plus aisés peuvent thésauriser mais laisse se dévaluer les monnaies de cuivres nécessaires aux échanges quotidiens ce qui réduit le pouvoir d’achat des masses populaires[130]. La création d’un tiers de solidus ne permet pas de combler les écarts[131].

En 395, alors que s’amorce le partage définitif entre l’Orient et l’Occident, l’économie de l’Occident demeure fragile. Seuls quelques ateliers impériaux et quelques centres de production de céramique conservent encore un réel dynamisme. Le commerce est tenu par des colonies de marchands juifs et syriens. Les campagnes dépendent pour leur survie de l’établissement des populations germaniques, ceci particulièrement au nord de la Gaule et en Illyricum. L’économie de l’Orient, par contre, est florissante. C’est le centre économique et commercial du monde romain. L’agriculture y est prospère.

Les invasions barbares en Occident ne transforment guère les structures économiques. Elles ralentissent le grand commerce et l’économie urbaine mais touchent peu le monde rural. Par contre la reconquête de Justinien bouleverse les structures économiques et sociales des zones touchées par les campagnes militaires[32]. Les armées byzantines ravagent les régions conquises. Les terres sont dévastées et ne produisent plus rien pendant plusieurs années. En Orient, à côté de la petite propriété, l’économie rurale est aux mains des grands domaines. Les grandes familles, notamment les familles sénatoriales de Constantinople possèdent des terres disséminées dans tout l’Orient. L’État et l’empereur gèrent de vastes domaines qui viennent d’anciens biens de l’État, des biens des familles royales successives et confiscations. Enfin les évêchés et les établissements chrétiens de charité ont reçu des donations considérables qui en ont fait des latifundiaires. Mais il existe une grande différence de revenus entre les évêchés[132]. Après 500, l’économie des grands domaines est fragilisée par la raréfaction de la main d’œuvre, surtout la main-d’œuvre servile. Les grandes propriétés perdent donc de l’importance au profit de la petite propriété.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:10

Les évolutions de la société et des villes.

Les classes dominantes

À partir du IVe siècle les différences dans le droit entre honestiores et humiliores augmentent. Les classes dominantes s’élargissent et se structurent. Au IVe siècle les préfectures de la ville et du prétoire s’ajoutent au consulat comme charges permettant d’entrer dans la nobilitas. Dans la première partie du IVe siècle, la nobilitas connaît un brusque élargissement. Constantin prend la décision de supprimer l’ordre équestre dont les membres entrent presque tous dans l’ordre sénatorial. Le nombre de sénateurs passe de 600 à 2000 membres[133]. Le Sénat créé à Constantinople compte lui aussi 2000 membres. L’ordre sénatorial oriental est recruté parmi les notables des cités provinciales grecques. Il connaît une croissance rapide sous le règne de Constance II[134]. La strate supérieure du Sénat adopte alors le nom de clarissime pour se distinguer de la masse de la noblesse. Les clarissimes sont avant tout des grands propriétaires terriens. Ils font souvent preuve d’une culture raffinée et participent à la renaissance littéraire de l’époque. Pendant longtemps historiens et archéologues ont cru, au vu de l’existence de grandes villas de maîtres richement décorées dans les campagnes, que la nobilitas avait effectué au IVe siècle un retour à la terre. Les recherches récentes font apparaître que la plupart des clarissimes vivent la plus grande partie de l’année en ville et ne se rendent qu’à l'occasion dans leurs domaines. Vers 370, dans le vocabulaire juridique, la nobilitas se confond avec le statut sénatorial[135]. L’importance de la bureaucratie est telle qu’au IVe siècle, la carrière administrative a remplacé l’armée comme moyen de promotion sociale.

2-Introduction - Page 2 Phenix_roses_Antioche

La nobilitas romaine se caractérise aussi par sa résistance à l’adoption du christianisme. Attachée au culte des ancêtres, à la culture gréco-romaine, à la philosophie, elle répand une nombreuse littérature anti-chrétienne[136]. Cependant, au milieu du IVe siècle, les grandes familles romaines se convertissent peu à peu au christianisme.

Les invasions barbares n’empêchent pas l’aristocratie sénatoriale de garder sa richesse foncière et son influence jusqu’au VIIIe siècle. Elle monopolise les charges de comte et d’évêque[137]. En Gaule et en Espagne, elle se mêle lentement à l’aristocratie germanique aux VIe et VIIe siècles donnant peu à peu naissance à la noblesse médiévale.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:12

La dégradation du statut des citoyens de l’Empire

L’ordre décurional connaît des changements sensibles. Le rôle et le statut des curiales semblent s’être dégradés. L’effritement des revenus de l’ordre ne permet plus aux décurions de faire face à leurs obligations. Les cités souffrent donc du déclin de l’évergétisme privé et de celui de leurs ressources propres. Les décurions deviennent responsables sur leurs biens propres des lourds impôts que l’empereur exige et qu’ils doivent collecter. Cette obligation les rend particulièrement impopulaires. La création d’un corps de percepteur par Valentinien Ier ne suffit pas à les soulager de cette tâche difficile[138]. De ce fait, les citoyens fuient les magistratures municipales. Pour recruter des nouveaux décurions, Constantin change le droit de cité local. Les résidents d’une cité qui en ont les moyens doivent devenir décurions. De plus la charge décurionale devient héréditaire[139]. Ceci n’empêche pas la situation financière des cités de continuer à se dégrader. Beaucoup des décurions cherchent à fuir leurs lourdes charges héréditaires, soit en devenant moine ou prêtre, soit en se faisant recruter dans les administrations provinciales, diocésaines ou préfectorales, soit en se retirant dans les domaines ruraux. Les menaces de confiscation de leurs biens n’y changent pas grand chose.

2-Introduction - Page 2 605px-Vergilius_rom_44v

Les corporations connaissent la même évolution. Sous Constantin Ier, l’État intervient directement pour imposer la contrainte et l’hérédité[141]. Les naviculaires ont l’obligation de transporter l’annone militaire sous peine de grave sanction pénale. Une fois leur service pour l’État assuré, ils ont le droit de se livrer au transport des marchandises pour leur propre compte. L’obligation pour un fils de reprendre le métier de son père est aussi instaurée pour les ateliers impériaux. Les condamnés et les vagabonds sont aussi recrutés de force. Ce statut d’emploi forcé rapproche les ouvriers de ces ateliers de la condition d’esclaves alors qu’ils sont en théorie des citoyens[142].

La petite propriété continue à régresser au IVe siècle. En effet les petits propriétaires ont de plus en plus de mal à satisfaire les exigences fiscales de l’Empire. Le statut de colon devient courant dans le monde rural. Là aussi, les colons n’ont plus le droit de quitter leur terre et les fils sont obligés de reprendre l’exploitation paternelle. Comme pour les corporations, cet immobilisme social est lié aux soucis d’avoir des rentrées fiscales sûres. Peu à peu, le paysan devient attaché à sa terre. Sous Théodose, quand le maître vend la terre, il vend le colon avec. La condition des agriculteurs est proche déjà du servage médiéval. Mais là encore, il existe des différences notables entre la partie orientale et la partie occidentale de l’Empire. L’Orient plus peuplé subit moins le colonat. Une paysannerie de petits et moyens propriétaires se maintient un peu partout et semble même majoritaire en Syrie[143]. Après 500, l’attache de colons orientaux à leur terre est moins rigoureuse. Leur condition se rapproche de celle du petit propriétaire. Une nouvelle catégorie se développe, celle des « emphytéotes », concessionnaires de terres en échange d’un loyer modique et parfois même sans loyer. La conséquence en est l’augmentation du nombre de petits propriétaires en Orient pendant tout le VIe siècle.

Le christianisme ne fait pas disparaître l’esclavage. Au IVe siècle, Constantin cherche à adoucir leur condition. L’Église favorise les affranchissements et milite pour un traitement digne des esclaves mais l’esclavage en tant qu’institution n’est pas remis en cause. Césaire d’Arles n’a fait que limiter le châtiment d’un esclave à 39 coups par jour. Il est intéressant de noter qu’au début du Ve siècle, Mélanie, une riche romaine, décide d’affranchir tous les esclaves de ses domaines. Plusieurs milliers d’entre eux refusent cette largesse. En effet la condition de petits paysans s’est à cette époque tellement détériorée qu’un esclave traité avec humanité n’a rien à lui envier[145]. Il n’y a presque plus de différence entre un colon, en théorie libre juridiquement, et un esclave aux IVe et Ve siècles.

2-Introduction - Page 2 800px-Byzantinischer_Mosaizist_des_5._Jahrhunderts_002
Mosaïque byzantine du Ve siècle, Grand Palais de Constantinople
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:13

Les pauvres face aux exactions de l’État

Pour faire rentrer les impôts indispensables à l’entretien de l’armée et de la bureaucratie, les agents de fisc et la police secrète se montrent particulièrement durs envers les plus humbles. Ceux-ci réclament donc la protection des puissants locaux, les patrons. Alors que sous le Haut Empire le patron avait pour rôle de permettre des rapports harmonieux entre l’État et les citoyens, à partir du IVe siècle av. J.-C., il fait jouer son influence et son statut social pour soustraire ses clients aux exigences de la loi[146]. De ce fait, il détourne à son profit une part de l’autorité de l’État. On peut voir là aussi, en genèse, se constituer les rapports féodaux entre les seigneurs et les paysans. Les empereurs, qui voient dans la pratique du patronage une atteinte à l’autorité de l’État et une perte de revenus, tentent de s’opposer à cette pratique, en vain. Une constitution de 415 place les colons sous la responsabilité fiscale du maître, signe d’un glissement de pouvoir.

La révolte est une autre réponse face aux exigences de l’Empire. La collecte des impôts par les décurions aboutit parfois à des soulèvements locaux en Syrie. La révolte des Bagaudes en Gaule, celle des Circoncellions en Afrique[147] sont autant d’exemples de la contestation des exigences impériales.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:17

Les barbares dans le monde romain

IIIe siècle av. J.-C., l’Empire romain se nourrit des apports barbares. Le rôle fondamental des peuples fédérés dans l’armée romaine a déjà été évoqué. Ils ont aussi peuplé les régions septentrionales de l’Empire menacées de dépopulation. Les décrets de Valentinien Ier interdisant les mariages romano-barbares montrent qu’il existait déjà un métissage non négligeable à cette époque. Les cas d'officiers barbares vivant dans l’Empire et romanisés sont fréquents au IVe siècle.

Stilicon est un excellent exemple d'assimilation à la société romaine. Il est Vandale par son père, sans doute commandant d’escadron de cavalerie sous Valens[148] et romain par sa mère, une provinciale de Pannonie[149]. Il gravit tous les échelons de l’armée. Vers 384, il épouse Serena, fille d’Honorius, frère de Théodose Ier, et adoptée par ce dernier lors de la mort de son père, preuve qu’il fait partie du palais impérial. Après la victoire de Théodose lors de la bataille de la Rivière Froide en 394, Stilicon prend le titre de magister peditum. À la mort de Théodose, il devient le tuteur de deux fils du défunt mais il est d’abord celui d’Honorius qui n’a que 11 ans en 395. C’est la politique de coexistence avec les barbares et de volonté de garder unies les deux parties de l’Empire qui semble avoir guidé la décision de l’empereur. Un barbare peut donc accéder aux plus hautes fonctions sauf revêtir la pourpre impériale. Gondebaud et Ricimer reflètent aussi cette volonté des patrices d’origine barbare de servir l’Empire romain sans ambition impériale.

2-Introduction - Page 2 596px-Stilico_diptych
Diptyque en ivoire représentant Stilicon, avec son épouse Séréna et son fils Euchérius, vers 395, cathédrale de Monza

Les invasions barbares du Ve siècle ne font pas disparaître d’un coup, les structures romaines de l’Occident. Les Barbares ne représentent en effet que 5% de la population de l’Occident[150]. L’interdiction des mariages mixtes montre la peur de perdre leur identité. De fait, mis à part chez les Vandales, les Anglo-saxons et plus tard les Lombards, la propriété de la terre ne change que peu de mains. La conversion au catholicisme des barbares permet la fusion avec les romains. Cette fusion s’est faite en grande partie en faveur de la romanité. Les premières monarchies barbares sont très respectueuses des institutions romaines qu’elles admirent[151]. À Ravenne, à Tolède, les cours gothiques parlent latin. La romanité survit donc à l’Empire romain.

Les villes

La cité reste le cœur de la romanité. Les lieux traditionnels de la vie romaine, les thermes, les cirques et les amphithéâtres sont fréquentés jusqu’à la fin du VIe siècle et même au-delà pour Constantinople. Mais bon nombre de monuments anciens se dégradent car les finances publiques sont insuffisantes pour pourvoir à leur entretien, d’autant plus que la période de l’Antiquité tardive est riche en tremblements de terre. Quinze constitutions impériales de 321 à 395 sont consacrées en tout ou en partie au problème de la restauration des édifices anciens. Les villes de l’Empire connaissent des transformations. Elles construisent des remparts aux IIIe et IVe siècles pour se protéger. La grande nouveauté architecturale est la construction d’édifices chrétiens, une basilique, un baptistère et la demeure de l’évêque[152], dont une partie de matériau utilisé provient d’anciens monuments abandonnés. Les nouvelles résidences impériales : Trèves, Milan, Sirmium, Nicomédie bénéficient de la présence des troupes et des empereurs.

2-Introduction - Page 2 800px-Rape_Hylas_Massimo[img]
Le rapt d’Hylas par les nymphes, panneau en opus sectile du IVe siècle provenant de la basilique de Junius Bassus sur l’Esquilin

Cinq grandes villes dominent par le nombre de leurs habitants l’Antiquité tardive. Il s’agit de Rome, Constantinople, Alexandrie, Antioche et Carthage. Ces trois dernières ont une population estimée entre 100 000 et 150 000 habitants. À Rome, l’enceinte construite par Aurélien est modifiée par Maxence puis Honorius pour en améliorer l’efficacité. Les aqueducs, les ponts et les routes sont entretenus. L’amphithéâtre flavien, victime de la foudre en 320 et de trois tremblements de terre, est régulièrement réparé[153]. Les empereurs d’Occident n’ont cependant pas les finances nécessaires pour entretenir tous les monuments de l’ancienne capitale impériale. Les nombreux travaux sont insuffisants pour empêcher les monuments anciens de se dégrader. Majorien (457-461) interdit aux fonctionnaires urbains d’autoriser le prélèvement des pierres sur les édifices publics, ce qui prouve que la pratique tendait à se développer. Mais rien n’y fait. Après la fin de l’Empire romain d’Occident, les monuments anciens servent de carrières aux habitants[154]. Le rôle croissant du christianisme entraîne la construction de basiliques comme celle du Latran, de Saint-Pierre ou de Saint-Paul-hors-les-murs, de catacombes, de baptistères et de palais épiscopaux qui sont enrichis par la pose de marbres, de mosaïques et d’émaux[155]. Jusqu’en 410, Rome compte environ 800 000 habitants. La population tourne autour de 300 à 400 000 habitants pendant tout le Ve siècle. Ce haut niveau de population peut être maintenu grâce au bon fonctionnement de l’annone. 40% de la nourriture des habitants de Rome est assuré par l’État[156]. La perte de l’Afrique en 439 entraîne la fin du versement de l’annone à Rome. La population décroît alors lentement. Au VIe siècle, la guerre gothique entre Justinien et les Ostrogoths la fait tomber à 80 000 habitants.

Constantinople, inaugurée par Constantin en 330 est bâtie sur un site naturel défensif qui la rend pratiquement imprenable alors que Rome est sans cesse sous la menace des Germains[158]. Elle est également proche des frontières du Danube et de l’Euphrate là où les opérations militaires pour contenir les Goths et les Perses sont les plus importantes. Elle est enfin située au cœur des terres de vieille civilisation hellénique. Constantin la bâtit sur le modèle de Rome avec sept collines, quatorze régions urbaines, un Capitole, un forum, un Sénat. Dans les premiers temps, il permet l’implantation de temples païens mais très vite la ville devient presque exclusivement chrétienne[159] et ne comporte que des édifices religieux chrétiens. En quelques décennies, la ville devient une des plus grandes métropoles de l’Orient romain grâce à son rôle politique et à ses activités économiques et les exemptions fiscales accordées à ses habitants[160]. Dès Constantin, la ville compte 100 000 habitants. Elle atteint 200 000 habitants à la fin du IVe siècle[161]. Constantinople, située hors des zones de conflit, voit sa population augmenter. Le nombre de ses habitants est discuté : 800 000 habitants au cours du Ve siècle pour Bertrand Lançon[162], 4 à 500 000 pour A. Ducellier, M. Kaplan et B. Martin [163]. L’embellissement de la ville est le principal chantier des empereurs à partir de Constantin. Celui-ci y fait construite, le palais impérial, l’hippodrome, le nouveau nom donné aux cirques romains, l’église de la Sagesse Sacrée (Sainte-Sophie)[164]. La ville s’agrandit ensuite vers l’Ouest. L’enceinte d’origine enserrant 700 hectares ne suffisant plus, Théodose II l’entoure de nouveaux remparts entre 412 et 414, qui portent la superficie de la ville à 1450 hectares[165]. Le Concile de Chalcédoine de 451, dans son vingt-huitième canon, donne à la ville de Constantinople le titre de « Nouvelle Rome »[166], ce qui fait de son évêque, le patriarche de Constantinople, le second personnage de l’Église. Ceci contribue encore à donner à la ville son caractère indépendant de capitale de l’Empire d’Orient.

La vie intellectuelle et artistique


L’éducation

Au IVe siècle, de nombreuses écoles apparaissent, et ceci dans toutes les régions. L’enseignement est basé sur les savoirs antiques. Le développement de christianisme ne remet pas en cause les bases de l’enseignement. Les élèves continuent à apprendre à lire et à écrire dans la mythologie-gréco-romaine. Les textes d’Homère sont toujours appris par cœur par des générations d’élèves[167]. Pendant son court règne, Julien interdit en 362 aux professeurs chrétiens les fonctions d’enseignement. Il se fonde sur le principe qu’on ne saurait honnêtement expliquer des textes mythologiques auxquels on ne croit pas [168]. Cependant, les chrétiens pensent que l’enseignement traditionnel est indispensable à la formation de l’esprit d’une religion basée sur l’écrit. Ils continuent donc à le suivre même s’il transmet des connaissances jugées païennes. Le parcours de Augustin est représentatif de celui du Romain lettré. Il quitte sa ville natale de Thagaste, pour Madaure afin de suivre l’enseignement d’un grammairien, puis il se rend à Carthage en 370 pour recevoir l’enseignement d’un rhéteur[169]. Les universités de Carthage, Bordeaux, Milan et Antioche jouissent d’une bonne réputation. Les plus renommées sont celles de Rome et de Constantinople pour la philosophie et le droit, Alexandrie pour les mathématiques et la médecine, Athènes pour la philosophie. Les cités se livrent à une compétition féroce pour faire venir sur les enseignants les plus réputés.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:19

Le monde des lettres

La fin du bilinguisme gréco-romain

Pendant l’Antiquité tardive, le bilinguisme gréco-latin de Haut Empire est battu en brèche. Pourtant durant le IVe siècle, le latin a fait une percée spectaculaire en Orient du fait de la place grandissante du droit et des techniques administratives. Le grec est quant à lui parlé par les classes cultivées de l’Occident. Mais à partir de la fin du IVe siècle, la connaissance du grec recule considérablement à l’ouest. Au début du Ve siècle, Augustin, considéré comme le plus grand intellectuel de l’Occident de son temps, n’en a pas l’usage. Pour aider à la compréhension des textes grecs et à leur traduction, de nombreux glossaires gréco-latins sont copiés[171]. Dans ce contexte, Jérôme, le traducteur de la Bible du grec au latin au Ve siècle, paraît une exception. Les débats christologiques qui traversent l’Antiquité tardive sont rendus encore plus complexes par la fin du bilinguisme. Les clercs nicéens doivent trouver la bonne traduction pour que les latins comprennent le sens du mot homoousios, un néologisme pour l’époque signifiant littéralement et en un mot, de même homo « nature » ousios[172]. Les traducteurs trouvent l’équivalent latin, consubstantialis. Les problèmes de langue ne font qu’accentuer les querelles religieuses. Ainsi lors du concile d’Éphèse de 431, un malentendu basé sur la différence entre les termes de « personne » et de « nature » en latin et en grec tourne à l’affrontement violent[173].

En Orient, le latin se maintient comme langue administrative jusqu’à l'époque justinienne. Le code Justinien de 534 est d’ailleurs rédigé dans cette langue, symbole de la romanité. Mais à partir de 535 et la publication des premières novelles, les lois nouvelles, voulues par Justinien, la langue officielle devient le grec. Les lois ne sont plus en latin que dans les régions latinophones, la Dacie, la Mésie, la Scythie et pour les cadres administratifs et militaires de l’Afrique[174]. Le partage de l’Empire induit donc un partage linguistique. Dès lors, les traductions se multiplient. Elles sont le fait de grands érudits bilingues : Jérôme qui traduit la Bible en latin à la fin du IVe siècle ; les écrits des médecins grecs Hippocrate, Dioscoride, Galien, Oribase sont compilés et traduits aux Ve siècle. L’Antiquité tardive voit ainsi les copies et les traductions foisonner pour faire face à la demande des bibliothèques publiques, des évêchés et des monastères.

À l’intérieur de ce partage linguistique se dessine une diversité de langues vernaculaires plus importante qu’il n’y paraît. En Orient, le grec touche principalement les villes côtières grâce à l’administration, le commerce et la religion chrétienne. Ailleurs, le grec, langue des percepteurs, de l’orthodoxie chalcédonienne face à la masse paysanne acquise au nestorianisme ou au monophysisme, est ignoré. Dès la seconde moitié du IVe siècle les actes officiels doivent être traduits en copte en Égypte. Une littérature copte se développe : des récits hagiographiques sur les saints les plus vénérés du pays, des textes monastiques comme règles communautaires… Les textes des Pères de l’Église, rédigés en grec à l’origine sont eux aussi traduits en copte[173]. Le syriaque donne naissance à une brillante littérature qui prouve que l’hellénisation de la Syrie n’est toujours que superficielle en huit siècles d’occupation grecque ou gréco-romaine.

2-Introduction - Page 2 CodexAlexandrinus
Codex Alexandrinus, Ve siècle, folio 65, Extrait de l’Évangile de Luc, British Library
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:22

Culture antique et culture chrétienne

La philosophie grecque est toujours très importante durant l’Antiquité tardive. Aristote et Platon exercent toujours une grande influence parmi les élites intellectuelles. Plotin (205-270) et Porphyre sont les plus illustres représentants du néoplatonisme. Pour Plotin, l’univers s’explique par « la chaîne de l’Être ». Au sommet, il y a l'Un, le Bon, d’où émanent différents degrés d’êtres inférieurs, jusqu’à la matière. L’homme peut entrer en union avec l’Un dans des moments d’extase[176]. Les lettrés peuvent recevoir l’enseignement de l’Académie d’Athènes jusqu’en 529, date de sa fermeture par Justinien. Grégoire de Naziance y côtoie le futur empereur Julien. Alexandrie reste une grande métropole culturelle. De grands intellectuels comme Ammonius, Hypatie, une femme qui dirige l’école néo-platonicienne d’Alexandrie assurent le rayonnement de la cité égyptienne. Au début du VIe siècle av. J.-C., Boèce, chrétien et helléniste d’éducation, est nommé consul par l’Ostrogoth Théodoric en 510 et 522. Il essaie de créer un centre de culture intellectuelle à la cour du roi barbare[177]. Le Moyen Âge, jusqu’au XIIIe siècle, ne connaît Aristote que par ses traductions latines. Le christianisme est influencé par les mouvements culturels et religieux de son temps, comme la gnose ou le manichéisme. Augustin interprète le christianisme à la lumière du néoplatonisme[178]. Il ne voit aucune contradiction entre le christianisme et la philosophie de Platon. Il réconcilie le concept platonicien des « idées éternelles » avec le christianisme en considérant celles-ci comme partie intégrante du Dieu éternel.

Livres et littérature

Le codex, apparu au Ier siècle dans l’Empire romain, se généralise et remplace le volumen, le rouleau à l’emploi difficile[179]. Le livre est devenu un objet maniable, facile à transporter, à ranger, lisible par un seul individu. Mais il reste un objet cher, même si le nombre de volumes en circulation augmente considérablement. L’usage du parchemin, plus solide mais plus coûteux s’étend aux dépens du papyrus. Le passage de volumen au codex, parfois de taille très réduite, a comme conséquence la perte d’une partie des textes antiques qui ne sont plus consultés[180]. La place de l’écrit dans la société devient de plus en plus importante. Dans le domaine du droit, les grands codes comme, celui de Théodose et de Justinien, les compilations des jurisconsultes aux IVe et Ve siècles renforcent encore la légitimité des lois. Le christianisme s’affirme comme une religion du livre, contrairement aux religions traditionnelles. Il va devenir la religion du « livre de poche »[181]. La lecture silencieuse suscite une forme d’intériorisation de la pensée et, de ce fait, crée une nouvelle spiritualité[182].

La littérature de l’époque est essentiellement chrétienne, du moins parmi les textes qui nous sont connus ou parvenus. La correspondance de quelques grands esprits du temps, très bien conservée, permet d’avoir une connaissance fine des mentalités de l’Antiquité tardive. En langue grecque, Libanios a laissé 1544 lettres et Jean Chrysostome, 236. En latin, il reste 900 lettres de Symmaque, 225 d’Augustin, 146 de Sidoine Apollinaire, 850 du pape Grégoire le Grand[183]. La rhétorique grecque est utilisée par les Pères de l’Église, que ce soit pour rédiger des sermons, expliquer les textes saints ou tenter de convaincre les non-chrétiens. L’hagiographie se multiplie. Tout en racontant la vie des saints à la manière de Suétone ou Plutarque, elle se concentre sur les vertus chrétiennes de saints pour en faire des exemples pour le lecteur. Au VIe et VIIe siècles, le genre hagiographique multiplie les récits de miracles, qui l’emportent sur l’exemple moral[184]. Il n’est donc pas étonnant que l’œuvre majeure de l’Antiquité tardive soit une œuvre religieuse. Il s’agit de la La Cité de Dieu d’Augustin d’Hippone, achevée en 423. L’auteur réplique de manière magistrale aux détracteurs du christianisme qui rendaient la religion responsable du sac de Rome de 410. Dans sa théorie des deux cités, il développe l’idée que Rome est une cité terrestre donc mortelle. La cité des chrétiens est le royaume de Dieu qui les attend après la mort. Ils ne doivent donc pas lier leur foi chrétienne à l’existence de Rome même s’ils doivent servir l’Empire loyalement. La cité de Dieu jouera un rôle essentiel en Occident du Moyen Âge au XVIIe siècle.

2-Introduction - Page 2 351px-AugustineLateran
Saint Augustin
Portrait le plus ancien connu, VIe siècle, fresque du palais du Latran à Rome
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:35

Les arts

2-Introduction - Page 2 577px-L%27abb%C3%A9_M%C3%A9na_et_le_Christ_01[img]
Panneau du Christ et de l’abbé Ména. VIe ou VIIe siècle, monastère de Baouit, musée du Louvre
Peinture à la cire et à la détrempe sur bois de figuier. Les figures hiératiques des deux personnages sont typiques de l’Antiquité tardive.


Depuis les travaux d’Aloïs Riegl et d’Heinrich Wölfflin, les arts romains tardifs, longtemps jugés décadents, ont retrouvé une dignité égale à celle du Haut Empire. La première caractéristique de la période est qu’il n’existe pas un art mais des styles différents selon les régions et les siècles. La seconde caractéristique est que, malgré l’influence grandissante du christianisme, il n’existe pas d’art paléochrétien spécifique. Les thèmes sont certes chrétiens mais les formes et les techniques sont celles de l’art antique en général. L’art copte est par exemple, dans les débuts, celui des égyptiens indigènes ou assimilés, tant païens que chrétiens. Il n’est communément le fait des chrétiens qu’à partir du VIe siècle[186].

Le développement du codex entraîne celui de la calligraphie. La mosaïque, qui ornait les riches demeures, devient un art pariétal dans les églises et les baptistères à partir du IVe siècle. La basilique Sainte-Constance à Rome mais surtout la Basilique Sant’Apollinare in Classe et le Baptistère des Orthodoxes de Ravenne construits à l’époque de Justinien en sont les exemples les plus accomplis. La sculpture est principalement représentée par le bas-relief. On les trouve surtout sur les sarcophages. Ceux des riches nobles recèlent une grande richesse artistique.

La sculpture, la peinture et l’art de la mosaïque ont des caractéristiques communes. Ils doivent servir l’empereur et glorifier son pouvoir. Après le règne de Julien, les représentations quittent leur caractère de portrait pour représenter une figure impersonnelle de l’empereur avec perruque et diadème[187]. Déjà les tétrarques sculptés en porphyre et conservés à Venise et au Vatican étaient sculptés comme des sosies. La représentation symbolique de la fonction devient ainsi plus importante que la personne qui l’incarne. Les artistes prennent l’habitude de représenter l’empereur avec tous les attributs de son pouvoir : diadème, nimbe, sceptre. Une des premières représentations d’un empereur trônant en majesté nous montre Théodose Ier assis et nimbé entre ses fils. Cette représentation du dominus sert de modèle pour montrer le Christ en majesté dans les mosaïques[188]. L’iconographie chrétienne utilise toujours à cette époque les thèmes classiques comme, Orphée et sa lyre, les paons, les colombes, les dauphins. Commencent à s’y ajouter les représentations de scènes bibliques. La croix ne devient un thème décoratif qu’au VIe siècle. Jusque là, le chrisme, le poisson, le vase et le pain lui sont préférés[189].

La basilique chrétienne est la forme architecturale la plus nouvelle. C’est une adaptation de la basilique romaine. Elle possède une nef qui permet d’accueillir les fidèles, une abside pour le clergé et parfois un transept devant l’abside[190]. Cependant chaque région de l’Empire romain tardif conserve ses spécificités dans le domaine artistique. L’église copte du Deir el-Abiad, fondée en en 440 par Chenouté, qui est après Pacôme, la plus grande autorité cénobitique en Égypte, se présente comme une basilique à trois nefs et à abside tréflée. Elle est précédée d’un narthex et longée par un autre narthex. Dans la décoration, le style de cette période se caractérise par une facture proche du modelé hellénistique[191]. La basilique San Lorenzo Maggiore de Milan, où se trouve la chapelle de Sant’Aquilino, est un exemple de plan basilical centré.

La chapelle de Sant’Aquilino reprend le plan octogonal du baptistère construit à l’époque d’Ambroise de Milan. Sa forme originaire a été parfaitement conservée. Le chiffre huit, dans la symbolique des anciens Pères de l’Église, indique le jour du Seigneur, qui suit le septième, c’est-à-dire le samedi. Alors que le chiffre sept, lui, rappelle les jours de la création contés dans la Genèse et symbolise la loi donnée à Moïse dans la partie de la Bible que les chrétiens appellent Ancien Testament. Le huit se réfère au Nouveau Testament qui, pour les chrétiens, complète et dépasse de la loi ancienne. Il fait référence à la venue de Jésus, à sa résurrection le lendemain de shabbat, le huitième jour.

En Grèce, les architectes construisent parfois une coupole surmontant la basilique. Au VIe siècle, les plus beaux édifices de la période justinienne se caractérisent entre autre par de splendides coupoles comme à San Vitale de Ravenne et Hagia Sophia (Sainte Sophie) de Constantinople. L’extérieur est sans fioriture. L’intérieur est décoré des mosaïques somptueuses mettant en scène la gloire de Justinien.
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/72/1398_-_Milano_-_S._Lorenzo_-_Cappella_S._Aquilino_-_Traditio_Legis_-_Dall%27Orto_-_18-May-2007.jpg/800px-1398_-_Milano_-_S._Lorenzo_-_Cappella_S._Aquilino_-_Traditio_Legis_-_Dall%27Orto_-_18-May-2007.jpg" alt="" />
-L'enseignement de Jésus aux apôtres-Chapelle de Sant'Aquilino, Milan, fin du IVe siècle-

Les héritages de l'Antiquité tardive


L’Antiquité tardive est, pour le monde occidental et méditerranéen, une période charnière entre un monde antique progressivement christianisé et une époque féodale dont les structures se mettent difficilement en place après le choc des invasions germaniques (IVe et Ve siècle).

En Occident, cette période se caractérise par l’émiettement du pouvoir politique et un affaiblissement de la notion de l’État, tandis que l’idée impériale et le mythe de la restauration de la puissance universelle de Rome se maintiennent jusqu’au VIe siècle dans un Empire d’Orient qui n'est pas encore byzantin. Cette idée Impériale s’incarnera plus tard en Occident, successivement dans l’Empire carolingien en 800 et le Saint Empire romain d’Otton Ier en 955. L’Empire byzantin a abandonné après Justinien le projet de reconstruire l’Empire romain, mais il reste la Romania, héritière de son modèle politique jusqu’à la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453. Dans le domaine juridique, les codes Théodose et Justinien servent de base aux légistes français pour légitimer la construction de la monarchie capétienne. Le principe d’une religion officielle, la religion chrétienne, composante majeure de l’État[193], instaurée à partir du IVe siècle structure la vie publique et les consciences jusqu’au XXe siècle en Europe. Le christianisme ne peut s'imposer dans les campagnes qu'au prix d'une lente acculturation et d'un certain syncrétisme religieux dont le meilleur exemple est le culte des saints et des reliques. Pendant l'Antiquité tardive apparaissent les fissures qui diviseront le monde chrétien en catholiques, orthodoxes et coptes. De l'antiquité tardive à la fin du Moyen Age, les principales manifestations de l'art magnifient la religion du Christ.

L’Empire byzantin est le gardien de la culture antique. Les manuscrits grecs et latins sont conservés et recopiés dans ses bibliothèques. Ses écoles enseignent la culture antique dans une société pourtant profondément christianisée. C’est par son intermédiaire et celui des Arabo-musulmans que la culture antique est remise à l’honneur en Occident au XVe siècle, donnant naissance à l’Humanisme et à la Renaissance.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:46

Le Haut Moyen Age

Ivan Gobry distingue le Haut Moyen Age (du VIe au Xe siècle), pendant lequel les peuples se déplacent ainsi que les frontières. C'est aussi la période d'expansion des Francs, avec l'apogée de l'empire de Charlemagne (800-814).
Puis arrive le Moyen Age récent (Xe au XVe siècle) au cours duquel ont lieu la Reconquista en Espagne, la constitution puis l'effondrement de l'Etat Plantagenêt et l'affirmation de la dynastie capétienne.

Du monde antique à un nouvel âge

2-Introduction - Page 2 Carte_Haut_Moyen_Age

Le Moyen Age perce déjà dans le monde antique du IIIe siècle. La volonté d'échapper à l'Etat - à sa pression fiscale et aux charges militaires ou municipales - caractérise alors le comportement social. Contraction démographique et étiolement urbain amorcent la ruralisation économique, tandis que se dégrade la condition des colons endettés et que s'améliore celle de l'esclave, qui, de plus en plus, a la jouissance d'une terre. Le développement du christianisme, religion officielle depuis 391, assoit les bases de la puissance ecclésiastique.

L'assimilation des Barbares

Déclenchées par les Huns, qui, à la fin du IVe siècle, entreprennent une migration vers l'ouest et poussent devant eux Ostrogoths et peuples germains, les invasions ne prirent jamais l'aspect d'une ruée massive, même si le mouvement s'accentua en 406. Elles n'ont pas non plus détruit brusquement l'Empire romain, qui, dans un premier temps, s'est efforcé d'intégrer ces populations. Un Occident nouveau est né de la fusion lente des peuples et des coutumes.

Les Barbares savent tirer profit de la romanité, acceptent le code d'hospitalité qui préside à leur implantation, s'intègrent, tel Théodoric, au fonctionnariat impérial, ou rédigent, à l'instar d'Alaric, un code de lois, ou bréviaire, inspiré du droit romain.

Le maintien de la langue latine, la continuité entre nombre de grandes villes antiques et médiévales, la permanence des anciens circuits commerciaux sont autant de survivances de l'Antiquité dans le haut Moyen Age. Par ailleurs, l'apport barbare imprègne ce monde nouveau : la notion de droit public s'estompe, civil et militaire ne se distinguent plus guère dans des communautés où prévaut la valeur guerrière du chef, élu et mythifié. L'économie sylvo-pastorale des Barbares renforce la ruralisation en cours depuis le Bas-Empire. La fuite devant les responsabilités imposées par l'État se conjugue avec le repliement des aristocraties sur leurs terres, refuge et fondement de leur pouvoir.

Le rôle de la foi chrétienne

Le véritable ciment des communautés antiques et barbares fut la religion catholique. Le prosélytisme des moines (Colomban, Benoît de Nursie), soutenu par le pape Grégoire le Grand, est renforcé par l'écrasement de l'arianisme en 653.
Les premiers royaumes barbares sont balayés par les Vandales et les Francs. Alors que, de la Provence à l'Italie et à l'Espagne, le pouvoir éclate en principautés territoriales, Vandales et Francs constituent des royaumes centralisés. Celui des Francs doit en partie son succès au baptême de Clovis (498 ou 499), qui acquiert, outre la reconnaissance de l'empereur byzantin, le soutien du clergé et du pape, dont il devient le principal appui : au moment où, dans l'Empire d'Orient, se multiplient les controverses et les hérésies, le christianisme est ainsi devenu, en Occident, le passage obligé vers le pouvoir.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:48

les invasions barbares

2-Introduction - Page 2 Carte_Barbares-Invasions

Les invasions barbares (ou grandes invasions) désignent la grande migration des peuples barbares qui, aux IVe et Ve siècles, déferlèrent sur l'Empire romain, provoquant son effondrement. Fuyant la menace d'envahisseurs venant d'Asie, des peuples germaniques bousculent, dès le IVe siècle, l'Empire romain déclinant et hâtent sa chute. Concurrençant l'expansion du christianisme romain, les Germains, dont les communautés conservent leurs coutumes, leurs langues et ne reconnaissent que leurs lois, morcellent l'Occident en royaumes, embryons de futurs pays, et y imposent, en alliance avec la papauté qui a su les convertir ou en dépit de leurs conflits avec elle, des valeurs et des règles qui annoncent le monde féodal.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:53

Vers un grand empire chrétien

Le sacre du roi Pépin le Bref à Saint-Denis, par le pape Etienne II en 754, confirme le prestige franc et marque un nouveau pas vers la sacralisation d'une famille.
Le principe dynastique complétait désormais l'élection coutumière.

2-Introduction - Page 2 Couronnement_Charlemagne
Le couronnement de l'empereur Charlemagne par la pape Léon III le jour de Noël 800

Le couronnement de l'empereur Charlemagne

Le secours apporté par Charlemagne au pape, menacé par la noblesse romaine, en fait le seul candidat fiable à l'Empire : son couronnement sanctionne cette évolution. Lors de la cérémonie romaine à la Noël 800, Léon III, en couronnant l'empereur avant qu'il ne fût acclamé, manifeste la suprématie du spirituel sur le temporel, Charles se considérant «empereur couronné par Dieu». En revanche, Charlemagne, couronnant lui-même son fils Louis en 813, se propose de rappeler que le pape n'est que le premier des évêques, dépendant de la protection militaire, donc du pouvoir temporel.

La rénovation de l'Etat

De fait, le nouvel Empire franc s'appuie principalement sur l'armée. Mais celle-ci n'en est pas le seul fondement. Charlemagne entreprend une rénovation de l'État à partir d'Aix, où siège la chapelle. La reprise en main de l'administration régionale par l'intermédiaire des comtes, représentants assermentés de l'empereur, surveillés par les missi dominici, le retour à une législation publique, votée par les hommes libres des plaids et consignée dans les capitulaires (ordonnances), un réseau de fidélités entrecroisées remontant à la personne même de l'empereur : tout concourt au redressement et à la consolidation de l'autorité impériale.

L'Empire devient un Empire germanique

Alors même que s'édifie une civilisation nouvelle, l'Empire révèle ses faiblesses. Toujours unifié sous Louis le Pieux, il profite encore un temps des conquêtes de Charlemagne. Toutefois, la politique du nouveau souverain, trop favorable à l'Église, met en danger la suprématie du pouvoir laïc. La réforme clunisienne (909) placera d'ailleurs les monastères sous l'autorité directe de Rome.



Divisé par les fils de Louis en trois royaumes rivaux (Francie occidentale, Lotharingie, Germanie) malgré la proclamation du droit d'aînesse en 817, l'Empire n'a plus qu'une unité théorique. Mais en Germanie, où le roi a conservé le contrôle des duchés régionaux, l'idée d'empire et les structures carolingiennes sont assez vigoureuses pour qu'Otton I le Grand prenne à son tour la couronne impériale, en 936. Chrétien sincère, il n'en impose pas moins sa tutelle au pape et au clergé germanique. Les leçons de l'échec politique des Carolingiens ont été retenues. Toutefois, l'Empire ressuscité n'est plus que strictement germanique.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 2:55

La société féodale

2-Introduction - Page 2 Europe-an-1000

Dès le VIIe siècle émerge une aristocratie guerrière composée de nobles de fonction et de nobles de lignage, qu'aucune solidarité de groupe social ne cimente. Charlemagne incite ces hommes à la recommandation mutuelle afin de remplacer les conflits de clans par des relations de fidélité.

L'engagement vassalique

La richesse foncière constitue le fondement de la puissance de ces aristocrates. Les mieux nantis (vassaux royaux) disposent de terres en toute propriété, les alleux, issus d'héritages familiaux, mais aussi d'honneurs, concédés pour la durée d'exercice d'une charge (comtale, par exemple), et de bénéfices accordés en échange de services, surtout militaires. Devenu héréditaire, par transmission familiale des fidélités, le bénéfice ne tarde pas à être la cause même de l'engagement vassalique. La puissance se mesure donc au nombre d'hommes à qui l'on est en mesure de procurer une terre en échange de leur engagement. Inversement, il devient tentant pour les vassaux de multiplier leurs fidélités afin d'accroître le nombre de leurs bénéfices. Et beaucoup d'hommes libres cherchent à se recommander : en ces temps incertains, servir un protecteur vaut mieux qu'une totale indépendance.



Evêques et abbés, à la recherche d'une protection, entrent en vassalité et n'échappent pas à l'intégration dans l'univers féodal. Ne pouvant, du fait de leur vocation religieuse, remplir les obligations militaires, ils ont, depuis les temps carolingiens, confié la gestion des églises et des abbayes à des avoués laïcs. Ceux-ci se sont peu à peu approprié les domaines ecclésiastiques, ainsi menacés de dissolution par les partages successoraux.

L'an mille et les effets de l'insécurité

En France, le transfert de l'autorité publique entre les mains des châtelains se poursuit, sans qu'il soit possible d'affirmer que cette anarchie féodale ait été le tombeau du pouvoir ou, au contraire, son plus efficace refuge.



La multiplication des fidélités vassaliques devenues concurrentes jette les nobles dans d'interminables conflits qui accroissent l'insécurité de populations déjà terrorisées par les catastrophes annoncées à l'approche de l'an mille. Contrainte subie ou protection illusoire, la dépendance des hommes se généralise à tous les échelons d'une société qu'Adalbéron de Laon, en 1015, divise entre ceux qui prient (oratores), ceux qui travaillent (laboratores) et ceux qui combattent (bellatores).
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Message  Admin Mer 7 Nov - 3:11

Chute de Rome et fin de l'Empire d'occident

Après la mort de Stilicon (408), le règne de Honorius se composa principalement d'usurpations et d'invasions, notamment de Vandales et de Wisigoths. En 410, Rome fut pillée par des armées étrangères pour la première fois depuis l'invasion gauloise de -390. En dépit de quelques victoires remportées par des généraux talentueux, notamment Aetius en Gaule (bataille des champs Catalauniques), l'instabilité provoquée par les usurpateurs à travers tout l'Empire d'Occident ne put être enrayée par de faibles empereurs, et favorisa les conquêtes de ces tribus. Au Ve siècle, leurs chefs se firent eux-mêmes usurpateurs. En 475, Flavius Oreste, ancien secrétaire d'Attila, chassa l'empereur Julius Nepos de Ravenne et proclama son propre fils, Romulus Augustule, empereur.

En 476, Oreste refusa d'accorder aux Hérules d'Odoacre le statut de fédérés, poussant Odoacre à prendre Rome et à envoyer les insignes impériaux à Constantinople, s'établissant comme roi d'Italie. Si le pouvoir romain se maintint dans des poches isolées après 476, la cité de Rome elle-même était gouvernée par des barbares, et le contrôle de Rome sur l'Occident avait pris fin.

2-Introduction - Page 2 628px-Western_and_Eastern_Roman_Empires_476AD%283%29
Les deux empires en 476

Le dernier empereur


La convention veut que l'Empire d'Occident ait disparu le 4 septembre 476, lorsque Odoacre déposa Romulus Augustule. Mais dans les faits, les choses ne sont pas aussi simples.

Julius Nepos prétendait toujours au titre d'empereur d'Occident depuis son réduit de Dalmatie, et était reconnu comme tel par l'empereur byzantin Zénon, ainsi que par Syagrius, qui était parvenu à sauvegarder une enclave romaine dans le nord de la Gaule. Odoacre, souverain autoproclamé de l'Italie, commença à négocier avec Zénon, qui finit par lui accorder le titre de patrice, le reconnaissant comme son vice-roi en Italie. Zénon insista cependant pour qu'Odoacre rende hommage à Nepos comme empereur d'Occident. Odoacre accepta, allant jusqu'à frapper des pièces au nom de Nepos dans toute l'Italie. Il ne s'agissait cependant que d'un geste purement politique, et Odoacre ne rendit aucun territoire à Nepos. Ce dernier fut finalement assassiné en 480, et Odoacre conquit peu après la Dalmatie.

La reconquête byzantine

L'Empire byzantin émit des prétention sur des régions de l'Occident tout au long du Moyen Âge. Au VIe siècle, les campagnes des généraux Bélisaire et Narsès permirent à l'empereur Justinien de reconquérir une grande partie de l'Occident : l'Afrique vandale fut reprise en 533, suivie de l'Italie elle-même, ainsi qu'une partie de l'Espagne wisigothique.

La reconstitution de l'Empire parut alors à portée de mains ; mais l'influence des tribus barbares avait fortement marqué ces anciennes provinces romaines, à la fois culturellement et économiquement. Il coûta très cher à l'Empire byzantin pour se maintenir dans ces régions où la culture et l'identité romaine, ciments de l'empire, avaient été sérieusement endommagées, sinon détruites. En fin de compte, les conquêtes de Justinien furent abandonnées ou perdues, et l'Orient et l'Occident suivirent des voies séparées.

2-Introduction - Page 2 250px-Justinien_527-565.svg
L'Empire byzantin à son apogée, sous Justinien (ses conquêtes sont en orange).

Héritage

Les envahisseurs germains qui s'établirent sur le territoire de l'Empire d'Occident maintinrent un grand nombre de lois et traditions romaines. La majeure partie des tribus germaines était déjà christianisée, quoiqu'en majeure partie Barbares. Elles se convertirent rapidement au catholicisme, accroissant la loyauté des populations romanisées locales ainsi que reconnaissance et appui de la puissante Église catholique romaine. Leurs lois furent bientôt enrichies par l'apport du droit romain. Le système de droit civil est basé sur celui-ci, en particulier le Corpus Juris Civilis compilé sur ordre de Justinien.
La langue latine ne disparut jamais véritablement. Combinée aux langues germaines et celtes voisines, elle donna naissance aux langues romanes actuelles, comme l'italien, le français, l'espagnol, le portugais, le roumain et le romanche. Le latin influença également les langues germaniques comme l'anglais, l'allemand ou le néerlandais. Sous sa forme « pure », il survit en tant que langue de l'Église catholique romaine (les messes furent dites en latin exclusivement jusqu'en 1965) et servit de lingua franca entre de nombreuses nations. Il resta longtemps la langue des médecins, des juristes, des diplomates et des intellectuels.

L'alphabet latin, completé avec quelques lettres (J, K, W, Z), est aujourd'hui le système d'écriture le plus employé dans le monde. Les chiffres romains continuent à être employés, mais ont été remplacés le plus souvent par les chiffres arabes.

Le rêve d'un Empire romain, universel et chrétien, avec un seul souverain à sa tête, séduisit de nombreux rois et empereurs. Charlemagne, roi des Francs et des Lombards, fut même couronné empereur romain par le pape Léon III en 800. Plusieurs souverains du Saint Empire romain germanique, dont Frédéric Barberousse, Frédéric II de Hohenstaufen et Charles Quint, tentèrent de donner corps à ce rêve, mais tous échouèrent.

Un héritage visible de l'Empire romain d'Occident est l'Église catholique romaine, qui remplaça peu à peu les institutions romaines en Occident par les siennes, aidant même à négocier la sécurité de Rome à la fin du Ve siècle. Au Xe siècle, la majeure partie de l'Europe centrale, occidentale et du nord avait été convertie à la foi catholique et reconnaissait le pape comme vicaire du Christ.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 3:18

Les Mérovingiens

Les Mérovingiens constituèrent la première dynastie qui régna sur la majorité des territoires français et belge, du Ve siècle jusqu'au VIIIe siècle, immédiatement après l'occupation romaine de la Gaule. Ils sont issus des Francs saliens qui étaient établis au Ve siècle dans les régions de Cambrai (Clodion le Chevelu) et de Tournai, en Belgique (Childéric).
Le nom mérovingien provient du roi Mérovée, ancêtre légendaire de Clovis.

Les Mérovingiens tiennent leur nom de Mérovée, roi légendaire franc salien, père de Childéric I er et grand-père de Clovis, et constituent la première dynastie royale de France, qui régna pendant trois siècles (du milieu du Ve siècle à 751).

Une royauté franque
A la mort de Clovis (511), le royaume franc, dont il fut le véritable fondateur, s'étend sur la majeure partie de la Gaule et sur une partie de la Germanie, à l'est du Rhin. Ses fils annexent le royaume burgonde en 534, occupent la Provence vers 537 et soumettent les peuples du sud de la Germanie (Alamans, Thuringiens, Bavarois) avant le milieu du VIe s. Le royaume franc apparaît dès lors comme la principale puissance fondée sur les ruines de l'Empire romain d'Occident.

Les limites de la monarchie
La monarchie est l'institution fondamentale. Elle est moins une institution politique qu'un état de fait. Le roi mérovingien, authentique despote, jouit d'un pouvoir royal absolu. Dans les faits, pourtant, l'autorité monarchique se heurte à des limites pratiques. En effet, les moyens administratifs sont insuffisants: les cadres romains, les bureaux subsistent, mais ce sont des cadres «creux»; le palais, avec lequel le roi gouverne, est plus un instrument domestique qu'un organisme étatique. Si les anciennes cités romaines sont confiées à un comte (agent administratif, judiciaire et militaire), celui-ci n'a d'efficacité relative que parce qu'il est un compagnon du roi, un «antrustion», lié à lui par un serment personnel. L'affaiblissement des ressources de l'Etat limite également l'autorité monarchique: le système fiscal, hérité de Rome, perd peu à peu toute efficacité.

Le partage du patrimoine royal
La royauté est héréditaire dans la famille mérovingienne; le principe électif, cher aux peuples barbares, s'estompe. Le royaume est un patrimoine que l'on partage entre les héritiers: ainsi le partage réalisé en 511 entre les quatre fils de Clovis. Mais le sentiment de l'unité du royaume demeure: les lots attribués aux fils sont complémentaires; chacun a sa part des vieux pays francs et sa part des provinces particularistes; les frontières sont défendues en commun. Il arrive parfois, comme entre 558 et 561 (Clotaire I er ), entre 613 et 629 (Clotaire II), puis entre 629 et 639 ( Dagobert I ), qu'un seul roi rassemble tout le royaume.

La dynastie mérovingienne
Les quatre fils de Clovis se partagèrent le royaume, qu'ils agrandirent encore et sur lequel Clotaire I er régna de 558 à 561. Le nouveau partage entre ses fils donna naissance à trois principaux ensembles territoriaux - la Neustrie à l'ouest, l'Austrasie au nord-est et la Bourgogne au sud-est -, prétextes à rivalité entre les descendants. Clotaire II, petit-fils de Clotaire Ier et fils de Frédégonde, hérita en 613 d'un royaume réunifié après des années de luttes sanglantes entre son père, Chilpéric, et son oncle Sigebert, époux de Brunehaut. Dagobert, lui aussi, fut roi de tous les Francs, mais la dynastie, qui se maintint jusqu'en 751, était déjà en butte aux ambitions des grands du royaume.

La fusion des civilisations
Au temps des Mérovingiens s'est réalisée l'assimilation progressive des nouveaux venus et de leurs civilisations par les Gallo-Romains. L'absence de discrimination entre Romains et Francs et la conversion de ces derniers au christianisme ont facilité cette fusion.

Les classes gouvernantes
L'aristocratie gallo-romaine, le haut clergé (dans sa majorité gallo-romain) ont accepté le nouvel ordre politique et ont loyalement soutenu les souverains mérovingiens. La vassalité, les liens d'homme à homme, qui ont tant fait pour réunir les deux aristocraties, franque et romaine, ont emprunté au passé romain comme au passé germanique. Si la forme de l'Etat, la royauté, est franque, les souverains n'ont pas hésité à utiliser les cadres gallo-romains pour gouverner.

Les apports politiques et économiques
Les apports germaniques sont sensibles dans le domaine du droit; le droit romain disparaît et laisse place aux coutumes propres à chaque peuple (régime de la personnalité des lois). Le droit franc (la loi salique) est fondé sur des compositions financières minutieusement tarifées, le Wehrgeld, qui a pour but de limiter les vengeances privées. Si, dans le domaine politique, les influences franques ont été particulièrement sensibles, pour le reste, et essentiellement dans le domaine économique, la Gaule mérovingienne prolonge la Gaule romaine. L'exploitation du sol connaît de meilleures conditions qu'au Bas-Empire, et de nouvelles terres sont mises en culture; il est possible même que, dans certaines régions, le paysage rural ait été profondément modifié. La vie urbaine et les échanges s'anémient mais conservent les structures de l'époque romaine. La Gaule mérovingienne reste méditerranéenne par bien des aspects.

Le déclin des Mérovingiens
Dagobert (629-639) est le dernier Mérovingien à s'être opposé avec un certain succès aux forces de désagrégation qui minent le royaume franc; après lui, la dynastie connaît un déclin rapide.

La montée en puissance de l'aristocratie
Le déclin s'explique par la faiblesse des rois, tarés et dégénérés, qu'on appelle les «rois fainéants»; il s'explique également par la puissance accrue de l'aristocratie, dont les représentants dirigent le gouvernement comme maires du palais. Pour s'attacher des fidélités, les rois mérovingiens ont multiplié les donations de terres en toute propriété; ils ont ainsi dilapidé leur patrimoine foncier, source de leur puissance, pour engraisser l'aristocratie, qui leur dispute le pouvoir. Les rivalités entre grandes familles, riches de terres et de vassaux, accentuent les particularismes que la conquête franque, imparfaite, avait tant bien que mal masqués au cours du VI e siècle Une nouvelle géographie de la Gaule apparaît; l'idée d'unité du royaume s'atténue.

Les rivalités territoriales
Quatre entités territoriales émergent à la fin du VI e siècle: la Neustrie (Bassin parisien), où le peuplement franc est très dense; l'Austrasie, entre la Meuse et les régions rhénanes, entièrement germanique, mais où les Francs sont mélangés à d'autres peuples; le sud de la Gaule, qui se partage lui-même entre la Bourgogne et l'Aquitaine, pays où le peuplement franc est réduit. Ces deux régions, souvent divisées entre les héritiers mérovingiens, tendent à reconstituer leur unité sous la direction de ducs nationaux, à partir de la seconde moitié du VII e siècle. Les aristocrates de Neustrie et d'Austrasie, par l'intermédiaire des maires du palais, se disputent la prééminence et réduisent l'Aquitaine, et surtout la Bourgogne, à un rôle annexe. Après la mort de Dagobert (639), la Neustrie domine la situation, sous l'énergique direction du maire du palais, Ebroïn, qui périt assassiné (en 680 ou 683).

Vers l'ère carolingienne
L'hégémonie passe aux maires du palais austrasiens, les Carolingiens: en 687, la victoire de Tertry leur permet de soumettre la Neustrie. Cette victoire traduit le déplacement du centre de gravité du royaume vers le nord-est; elle est aussi la victoire de la riche campagne du nord de l'Europe sur la ville du monde méditerranéen.

En un sens, les Mérovingiens sont restés fidèles à Rome; ils sont les héritiers de l'Antiquité. La victoire des Carolingiens est définitivement établie lorsque Pépin le Bref se fait couronner roi en 751, à l'assemblée de Soissons, et dépose Childéric III, le dernier souverain mérovingien; cette victoire marque le début d'une ère nouvelle.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 3:19

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Fibules mérovingiennes
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Message  Admin Mer 7 Nov - 3:23

Clovis I

Roi des Francs 481-511.

Fils de Childéric I et de Basine, Clovis I succéda à son père comme roi des Francs Saliens en 481, alors que l'Empire romain d'Occident n'existait plus depuis cinq ans.

Des soldats francs saliens avaient participé à la défense de l'Empire dès le milieu du IVe siècle sans s'être cependant autant romanisés que leurs voisins burgondes ; Childéric contrôlait la Belgique Seconde, soit un territoire allant de Reims jusqu'à Amiens et Boulogne, à l'exception de la région de Soissons, contrôlée par le général Aegidius puis par son fils Syagrius, qui s'intitulait «roi des Romains».

En 486, Clovis attaqua ce dernier, aidé du roi de Cambrai, Ragnacaire, probablement l'un de ses parents. C'est sans doute à cette époque qu'il se maria avec une princesse rhénane, de laquelle il eut un fils, Thierry (à moins que celui-ci ne soit issu d'une concubine), union que l'on peut interpréter comme une alliance tactique avec ses voisins orientaux, lui permettant de tourner ses ambitions vers le sud. Clovis battit Syagrius (victoire de Soissons, 486), puis porta ses efforts vers la Seine et la Loire.

La conversion de Clovis
Clovis était alors en contact avec les royaumes germaniques voisins, dominés par des rois ariens, le Wisigoth Alaric II et le Burgonde Gondebaud, sans oublier l'Italie de Théodoric, lui aussi arien. Vers 493, Clovis épousa Clotilde, nièce catholique de Gondebaud, tandis que, en 492, sa sœur Audoflède avait épousé Théodoric, alors en guerre avec Odoacre auquel il disputait Ravenne.

A ce moment, les évêques du royaume franc purent craindre la conversion de leur roi à l'arianisme; on ignore s'ils contribuèrent au choix de Clotilde comme épouse pour leur roi, mais il est certain qu'ils tâchèrent de le mettre à profit pour amener Clovis à se convertir à la foi catholique; celui-ci ne rendit publique sa décision que lorsqu'il se fut assuré du soutien de son aristocratie, et c'est avec nombre de ses guerriers qu'il fut baptisé à Reims, par Remi, vraisemblablement le jour de Noël, probablement en 498 (ou en 496).

Les historiens associent généralement cette conversion à une guerre menée contre les Alamans du Rhin supérieur, et à la victoire dite de Tolbiac (496): Clovis aurait promis de se convertir si « le Dieu de Clotilde» lui donnait la victoire.

L'hégémonie de Clovis sur la Gaule
Clovis poursuivit sa politique d'hégémonie sur la Gaule; il s'allia au roi de Genève, Godégisèle, qui voulait s'emparer des territoires de son frère Gondebaud; ils contraignirent ce dernier à abandonner son royaume et à se réfugier à Avignon, mais le secours porté à Gondebaud par les armées d'Alaric persuadèrent Clovis d'abandonner Godégisèle. Clovis et Gondebaud se réconcilièrent et, vers 502, son fils Thierry épousa une fille de Sigismond.

En 507, allié aux Burgondes, Clovis vainquit Alaric à Vouillé, ce qui lui permit de s'emparer de l'Aquitaine, sans atteindre cependant la Méditerranée. Il s'imposait ainsi comme le plus puissant souverain de Gaule, ce que ne manqua pas de reconnaître l'empereur romain d'Orient, Anastase, qui l'éleva peut-être à la dignité de consul, certes purement honorifique mais ce qui illustre le prestige qui s'attachait encore, chez les Francs, aux institutions de Rome.

Ce recentrage de son royaume vers le sud entraîna Clovis à transférer sa capitale à Paris, qui présentait en outre de nombreux avantages: le site était bien fortifié; son prestige était déjà grand; en outre, Clovis y fit élever une église des Saints-Apôtres destinée à recevoir le tombeau de sainte Geneviève, puis le sien et celui de sa femme, Clotilde.

Durant les dernières années de son règne, Clovis s'empara des royaumes francs de Sigebert, de Chararic et de Ragnacaire en les faisant assassiner, et étendit son autorité au-delà du fleuve. L'ensemble du peuple franc était alors pratiquement unifié sous une seule autorité. La loi en vigueur vers la fin du règne s'appliquait aux seuls Francs Saliens; dite «pacte de la loi salique», elle restait essentiellement germanique, et réglait notamment les questions de droit criminel.

Peu avant sa mort, le roi réunit un concile à Orléans, auquel prirent part trente-deux évêques, dont la moitié de son royaume. Clovis mourut le 27 novembre 511 à Paris, après avoir partagé son royaume entre ses quatre fils, Thierry, Clodomir, Childebert et Clotaire.

Le règne de Clovis, et plus particulièrement son baptême à Reims, sont à l'origine des mythes qui légitimeront l'autorité des rois des Francs. Nombre de rois porteront par la suite le nom de Clovis (Hlod-Wig, «qui s'illustre au combat»), sous la forme de Louis, et quasiment tous les rois se feront sacrer par l'évêque de Reims. Il apparaît donc que le principal héritage de Clovis est bien la tradition catholique, dont ne cesseront de se réclamer les rois et les dynasties suivantes.
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Message  Admin Mer 7 Nov - 3:27

Les Carolingiens

2-Introduction - Page 2 Caroligiens

Des Mérovingiens aux Carolingiens
Les Carolingiens de Carolus, nom latin de Charlemagne (Carolus Magnus, «Charles le Grand»). Dynastie qui, de 751 à 987, donna douze rois à la France, de Pépin le Bref à Louis V, et à laquelle appartinrent également plusieurs empereurs germaniques et rois de Saxe, de Bavière, d'Italie, d'Aquitaine, de Lorraine ou de Provence.

De la crise mérovingienne naît au VIIIe siècle un monde nouveau dont le centre de gravité a basculé vers le nord, dans lequel les villes ne jouent plus qu'un rôle marginal, où les liens d'homme à homme médiatisent les autres types de relations, où les rares foyers de culture se trouvent dans les monastères ruraux qui se sont multipliés au siècle précédent. Dans ce contexte, Charlemagne et la dynastie carolingienne, à laquelle il donne son nom, vont faire naître un nouvel Etat d'où est sortie l'Europe moderne.

Les Pippinides
Les Pippinides - ainsi nomme-t-on les prédécesseurs de Charlemagne - apparaissent en 614, lorsque les Austrasiens appellent le roi de Neustrie contre leur vieille reine Brunehaut.

Les premiers Pépin
Le premier Pépin, dit l'Ancien ou de Landen, occupe la fonction de maire du palais d'Austrasie sous l'autorité du roi Dagobert (623-639), tandis que saint Arnoul (vers 582-vers 640) devient évêque de Metz (vers 614) avant de finir ses jours au monastère de Remiremont. Vers 680, leur petit-fils Pépin II, dit de Herstal, s'empare définitivement de la mairie du palais d'Austrasie grâce à la richesse de sa famille (un immense patrimoine foncier situé dans l'est de l'actuelle Belgique), au contrôle d'un véritable réseau monastique et au soutien de nombreux partisans. En 687, il bat les Neustro-Bourguignons à Tertry, devenant ainsi le maître de la Francie. Pauvre royaume en vérité, miné par les particularismes régionaux, menacé par des voisins turbulents: les Frisons, les Saxons, bientôt les musulmans d'Espagne. Il meurt en 714.

Charles Martel
Le «règne» du fils bâtard de Pépin de Herstal, Charles Martel (715-741), est une étape décisive dans la construction de l'édifice carolingien. Comme son surnom l'indique, Charles est d'abord un homme de guerre. Combattant redoutable et redouté, à la tête de troupes à cheval, il commence à «pacifier» le royaume et à l'étendre. Jusqu'au début du IX e siècle, la guerre offensive et victorieuse sera le véritable moteur du pouvoir carolingien. Elle renforce l'autorité centrale, elle procure les richesses (butin, accroissement du fisc, des revenus) qui permettent de payer les fidélités indispensables.

Pour tenir les pays soumis, Charles utilise ses vassaux, des fidèles qu'il installe sur des terres confisquées ou sur des terres ecclésiastiques sécularisées. Les Carolingiens considèrent en effet que l'Eglise doit servir l'Etat. Depuis que les musulmans ont fui devant lui lors de la bataille de Poitiers en 732, Charles est devenu le champion de la chrétienté. En Germanie - où les campagnes se sont étendues de 720 à 738 -, il favorise l'œuvre de christianisation de l'Anglo-Saxon Boniface, ce qui facilite la reprise en main des provinces périphériques d'outre-Rhin. Il amorce le rapprochement avec Rome, qui permettra à son fils d'accéder à la royauté. A sa mort, en 741, son prestige est immense. Certes, il n'est pas roi, mais en 737, il n'a pas jugé utile de donner un successeur au roi mérovingien.

Le roi Pépin
Le fils cadet de Charles Martel, Pépin, dit le Bref, attendra encore dix ans avant de devenir roi et de mettre fin à la dynastie mérovingienne.

Vers le coup d'Etat
A la fin des années 740, les conditions d'un coup d'Etat sont réunies. L'Alémanie, la Bavière et l'Aquitaine paraissent soumises après trois ans de campagnes (743-746). Pépin, qui a poursuivi la politique de réforme de l'Eglise amorcée dès 742, a de nombreux soutiens parmi les clercs et les moines. Dès le départ, cette réforme se développe en liaison étroite avec Rome. Lorsque, vers 749-750, Pépin décide de franchir le pas décisif, c'est donc au pape qu'il s'adresse, l'interrogeant «au sujet des rois qui en Francie n'exerçaient pas le pouvoir, s'il était bon qu'il en fût ainsi». Et le pape Zacharie répond «qu'il vaut mieux appeler roi celui qui a, plutôt que celui qui n'a pas le pouvoir». Toujours selon les Annales royales des Francs, le pape «ordonna par une prescription apostolique que Pépin fût fait roi afin que l'ordre ne fût pas troublé». Les Mérovingiens avaient fondé la légitimité de leur famille sur le pouvoir magique de leur sang; le pape substituait à celui-ci la capacité à assurer sur terre l'ordre voulu par Dieu.

Le sacre du nouveau roi des Francs
Lors de l'assemblée générale des «hommes libres» réunie à Soissons en novembre 751, Pépin est reconnu (les textes disent «élu») roi par les grands. Tel un évêque, il reçoit ensuite l'onction sacrée qui lui donne la force nécessaire pour accomplir sa mission. Cette cérémonie de l'onction, inconnue jusqu'alors chez les Francs, plonge ses racines dans la tradition biblique, reprise au VII e siècle dans l'Espagne wisigothique. Elle fonde en Francie la royauté sacrale qui va durer plus de mille ans.

Légitimation de la famille carolingienne
En 754, pour prix de son aide contre les Lombards, le pape Etienne oint une seconde fois Pépin, à Saint-Denis cette fois, en même temps que ses deux fils Charles et Carloman, assurant ainsi la transmission héréditaire du pouvoir au sein de la famille carolingienne. Pépin promet de «restituer» les territoires que l'empereur Constantin aurait jadis concédés au pape avant de partir fonder Constantinople. Ces territoires sont à l'origine des Etats pontificaux qui se maintiendront jusqu'au XIX e siècle.

Une nouvelle famille s'est donc installée sur le trône des Francs. Les guerres offensives, les réseaux de fidélité et le soutien de la papauté ont eu raison de la dynastie mérovingienne. Jusqu'à sa mort, en 768, Pépin a reconquit la Septimanie (752-759) et organisé des expéditions en Aquitaine (760-768). Il poursuit la politique engagée, pourchassant ses ennemis, réformant l'Eglise et la société, en un mot jetant les bases de l'Etat carolingien.
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